Texte du Père Binot

Messe du 1er anniversaire de la mort de Sophie Morinière – jeudi 17 juillet 2014 – St Léon

Méditation post-communion

 

Savez-vous pourquoi l’on sert des dragées à chaque sacrement ? C’est parce que ce bonbon à une signification. Une dragée est une amande enrobée. L’enrobage, aujourd’hui, est en sucre. Mais la dragée traditionnelle est enrobée d’un mélange de lait et de miel. Pourquoi le lait et le miel ? « Le Seigneur dit à Moïse :  »J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel… » » (Ex 3,8)

Quand à l’amande, il faut d’abord considérer l’arbre : les mots « amandier » et « veiller » ont la même racine en hébreu, parce que l’amandier est le premier arbre à fleurir au printemps. C’est pourquoi des branches d’amandiers étaient posées dans la tente de la Rencontre (cf. Nb 17), la demeure de Dieu dans le désert, dans laquelle était conservée l’Arche d’Alliance : elles signifiaient la présence bienveillante de Dieu.

Considérons maintenant le fruit en lui-même : l’amande d’un fruit contient les gamètes qui lui permettront de se reproduire et de vivre. Ainsi, l’amande représente-t-elle présence du Dieu de vie.

Voilà pourquoi on sert des dragées à chaque sacrement : parce que par chaque sacrement, nous entrons en terre promise où se tient le Dieu de vie.

En célébrant l’eucharistie, à l’instant, nous venons à nouveau d’entrer en terre promise, là où Sophie nous a précédés et où elle demeure pleinement. Elle y goûte le lait et le miel du Royaume, cette plénitude de l’amour dont elle avait reçu l’avant-goût dans sa joie de servir, et qu’elle partageait déjà par son sourire et sa charité active. Un an après, comme une branche d’amandier, elle a fleuri au cœur de l’hiver, elle a rendu manifeste la présence de Dieu au cœur de chacun d’entre-nous… Combien ont découvert ou redécouvert Dieu depuis qu’elle a rejoint le Royaume ? Dans le livret « Sophie ou la joie de l’Evangile », nombre de témoignages sont portés et émaillent ce recueil ; c’est d’ailleurs la raison première de ce livret : en 4ème de couverture, on lit « Par ce recueil, Sophie vous invite à reconnaitre dans votre vie la présence et l’amour du Christ ».

En communiant au corps du Christ, en redisant « Amen » devant le sacrement eucharistique, nous avons affirmé notre foi en ce corps spirituel du ressuscité qui nous rassemble, les vivants sur terre et les vivants au Ciel, dans un même amour reçu et un même amour à partager.

Le lait et le miel du Royaume, l’amande de la vie divine, la présence de Dieu au cœur de nos existences et le cheminement en terre promise, c’est pour Sophie comme pour nous la même réalité : celle d’aujourd’hui, celle d’hier et celle de demain qui deviennent l’unique corps du Christ ressuscité auquel nous sommes incorporés et qui nous fait naître au jour de Dieu. Il n’y a plus hier avec Sophie et demain sans Sophie : il n’y a qu’aujourd’hui : l’aujourd’hui de Dieu. Alors devient nôtre cette prière qu’affectionnait Sophie – qui l’a récitée tous les jours de son dernier carême – celle du Cardinal Newman, et qui commence par ces mots : « Seigneur, dans le silence de ce jour naissant, je viens te demander la paix, la sagesse et la force… ».

Puissent cette paix, cette force, cette sagesse surtout, s’établir en nous pour l’éternité. Amen.

Père Thomas Binot