Mot de François son père

Chers amis,

Un seul mot me vient sans cesse à l’esprit nuit et jour : MERCI. Oui merci de vos prières, de votre soutien, de votre présence, de vos mots, de vos signes, de vos dessins, de vos regards, de vos baisers, de vos caresses, de vos accolades. Nous pensons à ces enfants qui meurent dans une indifférence absolue dans le monde ; nous pensons à ces doux vieillards qui s’endorment souvent seuls dans le froid d’un hôpital.

De mon cœur jaillit ce cri : Intense est ma douleur, immense est votre amour.

« Merci » était au départ un nom féminin signifiant « prix, récompense ». On parlait souvent d’ « une grande merci ».

Notre fille Sophie est pour nous une immense récompense, un don unique, de bonté, d’amour,  et de beauté.

Si le devoir de parents chrétiens est de conduire leurs enfants vers le Ciel, alors notre tâche est accomplie, et nous pouvons nous endormir ce soir en paix.

Avec le temps, je vous dirai « Sophie », et vous me la raconterez aussi, et nous continuerons à chérir cet ange, à qui j’ai donné, malgré mes pauvres limitations, tout l’amour dont j’étais capable.

En la remerciant de tout cœur, je pense d’abord à mon épouse et je vois sans cesse en elle la Pietà. Elle connaît ce que Sainte Marie a vécu au pied de la Croix. Cette très rare et intime proximité entre elles doit donner à Béatrice la vision de son héroïsme. Ses larmes sont celles de la Vierge qui a vu l’odieux sacrifice de son Fils. Comme aux Noces de Cana, Marie va obtenir beaucoup de grâce pour ma femme auprès de son Fils. Son Fils lui prépare déjà un festin de reine.

A ma mère et à mes beaux-parents, avec ma profonde gratitude, je leur dis de penser à Syméon, qui était « juste et pieux ». Il porta « le petit enfant Jésus » dans ses bras comme vous avez porté Sophie, en lui apprenant la piété des enfants de Dieu. Sophie est maintenant aussi, à l’image de Jésus « lumière pour éclairer les nations ».

A mes chers enfants chéris, ces grands dons de Dieu !, je leur dis de penser aux Apôtres rassemblés dans la terreur et dans la tristesse le soir de Pâques au Cénacle. Ils pleuraient le Christ leur frère.  Et Il vint au milieu d’eux, et leur donna l’Esprit Saint. Sophie est marquée du signe de L’Esprit et demeure à jamais près de vous. Ce même Esprit vous poussera aux confins de la terre pour aimer les hommes et servir la justice. Sur ces routes, vous trouverez des hommes et des femmes avec qui vos liens seront aussi forts que ceux du sang.

Aux amis et cousins de Sophie, qui ont partagé tant d’affection avec elle, je leur dis de penser à Saint Etienne… Imaginez la peine et la révolte des premiers disciples après l’arrestation scandaleuse et la lapidation inhumaine de leur cher camarade. Vous êtes, vous-aussi envahis par ce sentiment d’injustice.  Vous aussi, vous êtes peut-être tentés de vous révolter face au mystère. Mais voyez le fruit de l’amour de Saint Etienne : le grand Saul va se convertir pour devenir le Champion du Monde du Christ. Le plus grand « mercato » de l’histoire de l’humanité.

A vous tous mes très chers amis, merci d’être là. Vous cherchez comme moi le moyen d’expliquer l’inexplicable. Nous ne trouverons jamais. Mais ouvrez votre cœur et entendez le message de Sophie, envoyée spéciale éphémère de Radio Notre Dame – le papa en est très fier…- : « notre mission n’est pas forcément de faire des choses extraordinaires, mais de témoigner là où nous sommes de l’Amour du Christ ».

Et vous vous dites sûrement comme moi : « Comment ferai-je ? » eh bien, la recette « Top Master chef » de Sophie est facile : refuser ABSOLUMENT la méchanceté et l’égoïsme. Vous pouvez faire triompher comme elle la Gentillesse, c’est-à-dire d’après Chrétien de Troyes (« jantillesce ») :

« La noblesse de l’âme et des sentiments, et la bienveillance des actes ».

Et puis quand la tristesse va reprendre naturellement  le dessus, détendez-vous, laissez votre cœur aller et vos larmes couler. Allez vous asseoir à l’ombre en relisant « Demain dès l’Aube », pour comprendre le chagrin d’un père qui pleure sa Léopoldine, et dites-vous que la seule chose sur Terre qui nous dépasse vraiment et qui mérite que nous vivions, c’est L’Amour.